A force de recherches approfondies de la cime aux abîmes, j’ai enfin trouvé cette pierre qui fait se réjouir le cœur de l’homme.


La pierre philosophale, c’est un peu l’Arlésienne de Daudet. Tout le monde en a entendu parler, mais personne ne l’a jamais vue. La pierre philosophale, c’est la quête ultime pour le gemmologue.

Je l’ai trouvé dans un endroit tout à fait improbable, le Bassin de mon Père ! C’est une pierre orangée, pas assez dense pour être un jaspe et un peu trop opaque pour être de la cornaline ou une agate, pourtant, le sol de graves est un sol siliceux dans lequel l’on peut, en effet, trouver des agates de toutes couleurs. Avec un examen à la loupe, on y voit des petits cristaux à l’intérieur. Toutefois, n’ayant pas réellement de moyens de laboratoire pour déterminer sa vraie nature, je l’ai juste gardée.

Pour resituer le contexte, j’habite Bordeaux. Or, dans le passé, Bordeaux était recouvert par les eaux (l’océan). C’est une terre lavée, relavée, délavée et donc un sol assez pauvre sur certaines parties, notamment dans le terroir que l’on appelle « Graves ». Bordeaux-Centre, où j’habite, fait partie de ce terrain de « Graves ».

Au hasard d’une ballade, j’ai trouvé chez un producteur de vin de Graves Bio, les sœurs jumelles de ma pierre. Gemmologue, pierres, vin… Tout de suite cela m’interpelle et je me renseigne auprès de la productrice.

Elle me raconte alors l’histoire de ma pierre.

Cette région de Graves a, sur une partie de son territoire, des sols pauvres et acides, aussi pour réguler cette acidité, autrefois, on encalait les sols, c’est-à-dire que l’on y répandait de la chaux vive. Laquelle chaux était également utilisé dans la « bouillie bordelaise » pour traiter la vigne et éloigner les « prédateurs-à-deux-pattes » qui volaient le raisin sur la grappe.

Pour fabriquer cette chaux vive, il était nécessaire d’avoir un four à chaux. Ce four était, bien évidemment, construit avec des matériaux locaux et notamment des briques de terre, lesquelles étaient fabriqués avec la matière provenant du terroir et donc une terre de graves. Nous reverrons plus précisément cette histoire de sols dans un futur article sur les « Pierres et le Vin ».

Toujours est-il que les années passant, les nouvelles technologies arrivant ces fours à chaux sont abattus et démolis et leurs matériaux de construction retournent « à la vie sauvage » et donc plus ou moins réintégrés aux sols de l’environnement. C’est ainsi que l’on trouve maintenant de la Grave cuite ! Ce sont ces petites pierres qui avaient servis pour construire le four.

Ces pierres de graves, avec leur disparité de couleur, font l’histoire, le corps, la particularité des nos vins de Graves.

Ces pierres ont alors vécu déjà deux vies et se retrouvent dans une nouvelle troisième vie à participer à nouveau à l’élaboration de ce nectar des dieux que sont les vins de Graves de Bordeaux. Ne dit-on pas que « le bon vin réjouit le cœur de l’homme » ? alors ma pierre participe (ou a participé en l’occurrence) à la réjouissance du cœur de l’homme. Elle peut donc être tout à fait considérée comme une de ces pierres dites philosophales car dans le vin aussi, on recherche la perfection ultime.

La pierre du Bassin de mon Père est donc une pierre de grave cuite, mais cela ne lui enlève en rien son caractère fascinant car une histoire lui est liée. Comme quoi, il n’y a pas forcément besoin de faire des kilomètres pour faire des trouvailles, il suffit juste de se pencher vers le sol en bas de chez soi.

Au hasard de vos promenades dans les vignes, penchez-vous. La terre n’est pas si basse et recèle encore des trésors affleurant pour celui qui sait les chercher.

 

Et vous, avez-vous trouvé cette pierre philosphale, ou une qui s’en approche ?

 

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Category: Divers articles

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