L’hiver dernier, déjà un an, je suis allée passer 3 mois en Thaïlande pour parfaire mes connaissances en gemmologie.

J’ai été entraîné à faire ce voyage par une amie avec laquelle je devais suivre une formation complémentaire en gemmologie.

Le voyage fut long à se préparer, le billet d’avion puis, comme nous ne voulions pas partir le nez au vent pour 3 mois, nous avons eu de la peine à trouver à nous loger pour une somme raisonnable.

Nous avons voulu, dans un premier temps, nous appuyer sur l’expérience de ceux nous ayant précédé sur place afin de profiter de leur expérience sans avoir tout à réinventer. Mais nous nous sommes heurtées à de la résistance et de la rétention d’information. Enfin, nous avons pu réserver une chambre chacune dans une résidence proprette.

Finalement, billet, visa en poche, inscription à l’école et réservation d’un logement, nous sommes prêtes à partir.

Une belle aventure commence alors si tôt arrivées à l’aéroport de Bangkok.

Lors de ce séjour, nous avons rencontrés des gens formidables et tellement improbables qui nous ont ouvert les portes d’un vaste monde, d’une autre vie et de situations incroyables, presque irréelles.

Toutes ces rencontres se sont faites simplement.

Lors des cours à Paris, le message qui nous avait été transmis par l’école, les professeurs, le monde… c’est que la gemmologie est un milieu petit, restreint et comme nous ne sommes pas nombreux à faire ce métier-là, tout se sait. Le moindre pas de travers et le Monde de la gemmologie est au courant et peux vous mettre au banc. Il ne vous reste plus qu’à changer de métier. Je me suis alors dit que dans le monde nous devions être peu nombreux, quelques milliers pas plus (puisque tout le monde se connaît) !!!

Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant à Bangkok de découvrir que sans être totalement faux, cela n’était pas réellement vrai. Je n’ai pas comptabilisé le nombre de gemmologue dans le monde, mais il y en a beaucoup plus que ce que je pensais. Et à Bangkok, il y avait, en plus, une concentration de gemmologue du monde entier. Il ne se passait pas un jour sans que nous en rencontrions un nouveau. Il n’était pas rare de se retrouver à une dizaine de gemmologues provenant d’horizons et de pays divers autour d’une table pour déjeuner ou dîner et faire la fête. A chaque fois, ce fut des expériences riches et étonnantes.

En effet, il n’y a pas un profil type pour le gemmologue. Certains sont arrivés dans la gemmologie par tradition familiale, d’autres suite à une reconversion à 180° de leur vie professionnelle, d’autres encore par la suite logique de leur formation (géologue, minéralogiste, bijoutier, joaillier, commerçant…). En tous les cas, tous y sont arrivés par passion. En effet, c’est un métier que l’on ne peut exercer sans passion et sans un brin de folie.

J’ai trouvé à Bangkok les rencontres faciles. J’entendais récemment quelqu’un dire en parlant des africains qui parlaient des occidentaux  : « Vous, en occident, vous avez l’heure, nous, nous avons le temps ». C’est un adage qui peut s’appliquer en Thaïlande également. Je l’ai d’ailleurs constaté à maintes reprises.

La gemmologie et le négoce des pierres est un métier de contact et de confiance. Une pierre ne s’achète pas comme une baguette de pain. Je me souviens être rentrée dans une boutique car j’avais vu dans la vitrine une pierre magnifique portant un nom qui m’était totalement inconnu et je souhaitais la voir de plus prés. Il y avait une vendeuse qui a sorti la pierre en question. Le propriétaire des lieux nous surveillait du coin de l’œil et quand il a vu que nous paraissions intéressées et nous semblions nous y connaître, il est sorti de son bureau et nous avons commencé à discuter de nos études à Bangkok, de nos projets, des pierres, etc. Bref, nous sommes restées plus d’une heure dans sa boutique. Nous avions établi un premier contact et ce monsieur a pris du temps pour nous rencontrer, nous parler, nous faire parler.

Un autre, un certain Bobby ; nous passions devant sa vitrine 4 fois par jour puisqu’il était sur notre chemin pour aller à l’école. Un jour, il nous interpelle et engage la conversation. Ensuite, chaque jour, nous nous arrêtions à un moment dans notre journée à son stand pour discuter, admirer ses pierres. Il avait notamment un grenat spessartite d’un orange absolument fabuleux. C’était une pierre ni trop grosse ni trop petite, juste trop cher pour mon budget, mais elle me fascinait. Après 3 mois, nous n’avions rien acheté chez lui et n’avons même pas cherché à négocier quoique ce soit, mais le contact s’était établit et une certaine amitié s’était mise en place. Notre professeur à l’AIGS, Jayesh Patel nous disait que dans le négoce de pierre, on devient amis (la confiance s’établit) puis on devient client-acheteur. Le relationnel est très important.

Le souvenir le plus fantastique de mon séjour en Thaïlande fut la visite sur les mines près de Chanthaburi ainsi qu’à Pailin au Cambodge.

Depuis la France, j’avais organisé une rencontre avec Vincent Pardieu qui est LA personne incontournable et qu’il faut absolument rencontrer à Bangkok quand on est français. J’avais beaucoup entendu parler de lui et vraiment il fallait ABSOLUMENT le rencontrer. Il nous a proposé de l’accompagner visiter des mines à Chanthaburi et au Cambodge. Pendant le voyage en bus vers Chanthaburi, Vincent nous a longuement parlé des différentes mines que nous allions voir, le contexte politique du Cambodge, un peu d’histoire locale également ainsi que les précautions à prendre dans ce pays. Notamment, ne pas s’aventurer hors des sentiers battus, ni en pleine jungle (entre autres). Il nous a prévenus que dans ces contrées, il y avait des mines anti-personnel et que si on voyait des vaches à trois pattes, il fallait se méfier, des mines étaient proches. J’ai passé mon week-end à chercher ces drôles de vaches…. Quelle nouille !!!

Nous sommes allés visiter, entre autres, une mine de saphir à Pailin, au Cambodge. Pailin, en cambodgien, veut dire « montagne de saphirs ». En effet, les saphirs ont toujours été une des richesses de la région. Bien sûr, les gisements se vident, mais on y trouve toujours de beaux spécimens.

Sur cette mine, où nous sommes restés plusieurs heures, Vincent nous a d’abord fait une visite guidée de la mine et de son fonctionnement nous expliquant le processus d’extraction des minéraux. En l’occurrence, la montagne doit être lavée avec un énorme tuyau, un genre de tuyaux de pompiers où l’eau arrive avec une forte pression afin de pulvériser la montagne et la réduire en boue. Cette boue est ensuite pompée et entraînée dans un énorme tamis où elle va être secouée afin de ne laisser dans le tamis que les pierres (saphirs bien sûr, mais également grenats, zircons…). A la fin de la journée, la pompe est arrêtée et les mineurs font la récolte du jour sur le tamis. Les pierres seront ensuite triées avant d’être portées au lapidaire qui les taillera. Elles peuvent également être chauffées avant leur taille afin d’en diminuer ou intensifier la couleur ou de supprimer des inclusions trop visibles et rendre ainsi ces pierres encore plus belles.

Sur cette mine de Pailin, Vincent nous a proposé de « jouer » au mineur. C’est un travail de force, en effet tenir le tuyau et le diriger dans la bonne direction, et… le maintenir en position pendant plusieurs heures, comme ils le font, n’est pas chose aisée, de plus les mineurs passent leur journée dans l’eau. Chaque membre de l’équipe s’y est essayé, certains avec plus de facilité que d’autres car au fur et à mesure que la montagne part en boue, il faut se déplacer avec son tuyau.

Toujours lors de ce petit voyage sur le terrain qui s’est transformé au moment des repas en véritable voyage gastronomique.

Pendant le voyage, nous avons dû partager un certain nombre de repas.

Le premier soir, nous étions dans le meilleur restaurant de Chanthaburi. Vincent a choisi pour tout le monde, souhaitant nous faire découvrir les spécialités locales. Mon voisin, un élève de Vincent, m’a raconté qu’un homme en Thailande invitant une Thaï à dîner se doit de la servir lors du repas. Ça me va, surtout que ce soir-là, il y avait un poisson absolument fantastique, mais pas facile à se servir.

Le lendemain, déjeuner pantagruélique de fruits de mer au bord de la rivière. Je ne suis pas trop fan des fruits de mer. L’heure du repas est fait pour manger et pas pour « travailler » et généralement pour les fruits de mer, il y en a autant après qu’avant et manger une pauvre crevette se mérite. Même avec un couteau et une sorte de fourchette, ce fut un régal des papilles et des sens. Nous avons mangé des gambas d’au moins 30 cm de long (tête et queue), de vrais monstres, mais succulentes. Elles étaient marinées et grillés, un pur délice, puis des crevettes plus petites, mais quand même de la taille de nos grosses crevettes, lesquelles étaient crues et trempées dans une marinade au piment et à la coriandre, puis nous devions les gober d’un coup. Là aussi un régal absolu.

Le clou du voyage a été ce restaurant à Pailin, un restaurant perdu dans un trou au bout du monde, où là encore Vincent nous a régalé des mets les plus délicats. Et pour arroser à nouveau ce fabuleux dîner, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une bouteille d’un château des environs de Bordeaux. Nous avons dîné cambodgien au bout du monde et déguster un excellent Bordeaux. C’était totalement irréel et fabuleux. Venir de Bordeaux, pour aller boire du Bordeaux dans un village perdu au bout du monde, c’est totalement … incroyable, fabuleux ! En plus, particulièrement fameux, quand bien même, il était chambré, voire même un peu plus. L’air ambiant était dans les 30° ou par là.

 

Entre la visite sur les mines et chez les mineurs et ce voyage gastronomique, ce fut un week-end absolument génialissime. Merci Vincent !!

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